Tissu « chaîne et trame » ou maille : quelles différences pour vos vêtements ?
Par Elodie, le 29/09/2026
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Si on vous dit « tissu chaîne et trame », ça vous parle ? Alors « vêtement en maille », peut-être un peu plus ? Si tout ça semble un peu flou, rassurez-vous vous êtes loin d’être le(la) seul(e).
Et pourtant la différence entre ces deux types de tissu a énormément de conséquences, notamment sur le confort et sur la durabilité du vêtement fini. Celles-ci ont à leur tour eu un impact immense sur le monde de la mode, expliquant tout un pan des tendances de ces dernières décennies. Oui, rien que ça !
Alors si vous êtes en quête de la garde-robe durable idéale, ou si l’histoire de la mode vous intéresse, laissez-nous vous emmener dans le monde merveilleux du tissage et de la fabrication des tissus…
De quoi parle-t-on exactement ?

La différence entre matière et tissu
Il y a quelques semaines, nous avions publié un article sur les différentes matières textiles à connaître. Coton, laine ou encore polyester, chacune a bien sûr ses spécificités et doit être choisie avec soin. Mais à ce stade vous n’avez encore qu’un fil, et pas un tissu.
Pour transformer une matière textile en tissu, vous avez 3 possibilités :
- le tisser : c’est bien entendu la plus connue, la plus ancienne aussi, et toujours la plus répandue. Cette méthode consiste à entrecroiser des fils verticaux, la chaîne, avec des fils horizontaux, la trame. Pour cette raison, ce type de tissu est couramment appelé « tissu chaîne et trame ».
- le tricoter : cette fois on n’utilise qu’un seul fil et on forme avec des sortes de mini-boucles les unes autour des autres, appelées des mailles. D’où le nom de « tricot » ou « vêtement en maille » pour désigner cette famille de tissus.
- souder les fibres textiles entre elles, donnant ce que l’on appelle un « non-tissé ». Cela peut se faire de manière mécanique, en entremêlant les fibres de manière très serrée, en les « collant » à l’aide d’adhésifs chimiques, en les faisant fondre partiellement à la chaleur… Le tissu obtenu peut ensuite servir pour des applications bien spécifiques : lingettes, filtres, produits d’hygiène à usage unique pour les hôpitaux…
Pour fabriquer un vêtement, seules les 2 premières sont utilisées. C’est donc celles-ci qui vont nous intéresser aujourd’hui.
Attention aux pièges marketing !
Ainsi chaque tissu est caractérisé par :
- une matière d’origine : coton, laine, soie, polyester…
- un type de tissage : la toile, le satin, le velours ou encore le denim sont par exemple des types de tissage « chaîne et trame ». Le jersey, l’interlock, le molleton sont à l’inverse des types de tricots.
Pour désigner un tissu, il faut donc nommer les deux en donnant d’abord le tissage, puis la matière. On parle ainsi de satin de coton ou de jersey de polyester par exemple.
Mais parfois dans le commerce on peut aussi trouver des aberrations… On a ainsi vu parfois sur certaines étiquettes des « satins de velours » ou bien de la « soie de polyester ». Sauf que par définition, ces tissus n’existent pas !
Ainsi si on essaie de vous vendre de la soie qui n’est pas de la vraie soie animale, provenant des cocons de vers à soie, passez votre chemin. Pour faire simple, de la « soie de polyester » c’est juste du polyester qu’on essaie de faire passer pour plus luxueux qu’il ne l’est vraiment..
Les tissus chaîne et trame

Ces tissus sont bien sûr les plus connus et se déclinent en une infinité de possibilités. Mais on peut en dégager tout de même 3 grandes sous-familles. Dans le jargon textile, on parle de 3 typologies d’armure.
L’armure d’un tissu chaîne et trame, c’est tout simplement la manière dont les fils de chaîne (ici en orange clair) et de trame (orange foncé) ont été entrecroisés :

L’armure toile est bien sûr la plus évidente, avec une alternance de fils de chaîne et de fils de trame. C’est ainsi que l’on fabrique le drap, le crêpe, le chambray, la percale…
Pour confectionner un sergé, on va « sauter » des fils de chaîne de manière régulière. Cela forme sur le tissu des sortes de nervures obliques et garantit souvent une bonne solidité. C’est le cas par exemple des denims et gabardines.
Et enfin le satin, où les fils sont sautés de manière très fréquente et irrégulière. Cela donne un tissu beaucoup plus lisse, pouvant parfois réfléchir la lumière. Mais il est aussi moins solide, pour la même raison.
Les tricots

Pour repérer un tricot, c’est très facile. En vous approchant tout près du tissu, vous verrez apparaitre d’un côté ou de l’autre un motif de V imbriqués les uns dans les autres, comme ceci : <<<<<<<<<<<
Il existe bien entendu différents points de tricots : jersey, point mousse, point de riz… Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. Parce que la caractéristique principale de tous les tricots, c’est leur élasticité. Chaque maille étant une boucle, vous pouvez en effet facilement la détendre en tirant légèrement. Et quand chaque boucle se détend un peu, c’est le tissu tout entier qui s’étire, parfois de beaucoup.
Certains vêtements nécessitent impérativement cette élasticité pour pouvoir être enfilés. C’est le cas notamment des pulls, des t-shirts, des polos… Des sous-vêtements aussi, comme les chaussettes. En effet impossible d’avoir une chaussette qui vous tienne sur le pied toute la journée si elle n’est pas élastique, la gravité la ramènera inexorablement vers votre cheville !
L’invasion des tricots dans nos garde-robes et ses conséquences

Petit retour en arrière, il y a quelques siècles. Avant l’invention de la machine à tricoter, l’immense majorité des vêtements étaient en chaîne et trame. Tout simplement parce que tricoter à la main, c’est long ! Les vêtements en maille étaient alors réalisés avec de très gros fils de laine, pour limiter le temps de travail.
En 1589, William Lee invente la toute première machine à tricoter, surtout destinée à confectionner les bas et les chaussettes. Mais la vraie démocratisation des tricots arrive dans les années 1920, grâce aux progrès de l’industrie qui les produit toujours plus vite et toujours moins chers. Grâce aussi au travail de Gabrielle Chanel, qui met les vêtements en maille à la mode à l’époque. Après elle, d’autres grands stylistes promouvront le tricot, comme André Courrèges, Sonia Rykiel…
Il faut dire que l’élasticité des tricots leur permet de cumuler les avantages et leur garantit d’être à la fois :
- plus confortables : fini de se sentir un peu boudiné(e) après un bon repas ! Le tissu s’adapte à vos formes et vous restreint moins dans vos mouvements. L’idéal dans une période de libération de la femme et de démocratisation des activités physiques, notamment à l’extérieur.
- plus « prêt-à-porter – compatibles » : eh oui un tissu qui s’adapte à vos formes, ça veut dire aussi qu’il y a beaucoup moins de retouches à faire ! L’explosion du prêt-à-porter sur la période ne pouvait donc s’accompagner que d’une explosion de l’utilisation des tricots.
Le revers de la médaille
Malheureusement il fallait bien un inconvénient à tout ça. Parce que cette quête de confort a accentué un autre phénomène qui s’est déroulé simultanément : la baisse de qualité des tissus.
Un tricot est, par construction, moins solide et durable qu’un tissu chaîne et trame. Comme il est élastique, il va en effet mécaniquement finir par se déformer, jusqu’à devenir importable. Pensez par exemple à vos vieux t-shirts dont le dos s’est « avachi » au fil du temps. Ou encore à vos vieilles chaussettes qui finissent par retomber toutes flasques sur votre cheville.
Alors attention on ne dit pas ici que c’est la seule raison de la baisse de qualité des vêtements. Cela a aussi à voir avec le choix de matières moins durables, des pratiques de couture moins éthiques, une quête de toujours plus de profit pour les fabricants… Mais malgré tout, faire le choix de porter un t-shirt plutôt qu’une bonne vieille chemise en coton, c’est aussi faire le choix d’une garde-robe moins durable dans le temps.
Alors à vous de décider en toute connaissance de cause, en fonction de vos priorités, de vos valeurs, et du type de garde-robe que vous voulez porter


